Raphaël Lutard, 18ème Proto au Marin : « Il y en a qui viennent pour la compétition et d'autres pour l'aventure… tu peux passer de l'un à l'autre à tout moment »

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Raphaël Lutard, 18ème Proto, a franchi la ligne d'arrivée de la deuxième étape de la Mini-Transat La Boulangère ce mercredi 20 novembre à 19h 42 min 58 secondes (heure de métropole) au Marin. Son temps de course est de 18 jours, 04 heures, 09 minutes et 58 secondes. Son temps de course cumulé sur les deux étapes est de 27 jours, 09 heures, 52 minutes et 34 secondes.

Voir la vidéo d'arrivée au Marin de Raphael

« Il y en a qui viennent pour la compétition et d'autres pour l'aventure… tu peux passer de l'un à l'autre à tout moment »

En s'engageant dans sa première transatlantique en solitaire sur un des Proto les plus innovants et complexes à manier de la flotte, Raphaël Lutard avait fait un gros pari sur cette Mini-Transat 22ème du nom. Malheureusement les nombreux soucis techniques rencontrés sur cette deuxième étape n'auront pas permis de voir ce que le bonhomme et le bateau avaient dans le ventre. Même si le marin Girondin était avant tout venu pour la compétition, il a conscience de l'exploit réalisé et savoure pleinement son arrivée aux Antilles...

« Ça fait du bien d'être arrivé. Ça a été 18 jours un peu compliqués donc je suis content d'être là. Ce matin j'avais qu'une hâte, c'était d'arriver. J'en avais marre, je tapais partout sur le bateau. Je criais. D'ailleurs je suis en train de perdre ma voix,  ça doit s'entendre. Après on relativise, on se dit qu'on a quand même réussi à traverser donc c'est plutôt pas mal car ce n'est pas le cas de tout le monde. On est content une fois le pied à terre. Il y a quand même eu des moments agréables mais on a tendance à les occulter avec les moments plus difficiles. Je ne réalise pas encore ce que je viens d'accomplir mais je pense que ça va venir. Une bonne nuit de sommeil va faire du bien car ça fait 48h que je n'ai pas fermé l'œil, ça commence à faire beaucoup. »

« J'ai eu une trajectoire très nord ces dernières heures car je n'ai pas pu aller plus sud. J'étais au près, dès que je virais je faisais du 80°-70° donc je retournais à la maison. Je me suis dit que la rotation allait bien venir et au final elle est venue très tard ce matin. C'est bien, ça m'a permis de voir la Guadeloupe, la Dominique et toute l'île de la Martinique. Pour le coup elle est vraiment longue. J'ai fait du tourisme au moins (rires). » 

« Sinon je vais bien, pas de bobos. En revanche le bateau va mal. Il n'y a plus rien en tête de mât : plus d'aérien, plus d'infos vent, plus de VHF, plus de feux de mât… J'ai la centrale qui se coupe toutes les douze heures, donc c'est un peu la surprise quand ça arrive. Quand il n'y a pas de vent ça va. Mais quand il y a de l'air il faut s'imaginer que le bateau n'a plus de pilote donc ça part un peu n'importe comment. J'ai une voie d'eau par l'arrière, par la trappe, donc j'avais de l'eau dans le bateau. Enfin je suis en train de perdre la quille, il y a une cale qui a du partir ou s'abimer. Même quillée à fond et bien calée avec ce que j'avais sous la main elle n'arrêtait pas de bouger. Je n'avais pas du tout imaginé ce scénario. Quand tu sors dans les premiers du port, t'es content, tu as hâte que la deuxième étape parte. Au bout de 5 minutes dehors, au moment où j'arrive sur la ligne j'ai déjà un problème d'aérien. Retour au port obligatoire où j'arrive à résoudre ce problème et en repartant le premier soir on s'est fait cueillir  hyper vite. J'étais en short/t-shirt j'ai fini trempé au bout d'une heure. J'ai fait un planté énorme où je me suis cogné. J'ai mis une demi-heure à m'en remettre et j'ai passé la nuit en ciseaux parce que je n'étais pas bien. Le lendemain il a fallu que je plonge car j'avais quelque chose dans la quille. Plein de soucis qui se sont enchainés. C'est le jeu. La Mini-Transat, il y en a qui l'a font pour la compétition et d'autres pour l'aventure… tu peux passer de l'un à l'autre à tout moment. J'étais parti pour la compétition et dès le dimanche matin je suis passé en mode aventure où il faut finir à tous prix. »

« Maintenant je vais profiter, me promener à la plage, manger des trucs frais et boire de l'eau aussi, parce que ça fait deux jours que je n'ai plus d'eau potable. Même si je sais qu'ici ce n'est pas l'eau la spécialité (rires). »