Toute dernière fois

05 12

16:00

Cette fois-ci, c’en est vraiment terminé de la Mini-Transat La Boulangère 2017. En guise de point d’orgue, l’arrivée de Dorel Nacou au port du Marin, vendredi dernier a conclu de belle manière cette édition. Le navigateur qui a dû réfréner ses envies d’en terminer au plus vite, compte-tenu de la fragilité de sa réparation, a pu malgré tout rallier la Martinique en temps et en heure pour rapatrier son Mini par cargo.

 

Ils étaient encore une bonne trentaine de concurrents à accueillir Dorel Nacou (Ix Blue Vamonos) sur le ponton de la Mini-Transat La Boulangère. Ceux qui avaient profité de quelques jours de plus pour faire un peu de tourisme dans les îles caraïbes n’ont pas manqué d’être fidèles au poste : une arrivée quelle qu’elle soit, se doit d’être fêtée dignement. Dès le lendemain matin, l’équipe technique autour de Serge Viviant était en action pour déquiller le bateau et l’installer à bord du cargo.

Pour Dorel, cette traversée fut avant tout longue, très longue. Il lui a fallu prendre son mal en patience, accepter de naviguer sous-toilé pour garantir que son mât tiendrait. Mais un moteur était plus puissant que tout. Dorel savait trop bien à quel point les pêcheurs de Boujdour se sont mis en quatre pour qu’il puisse repartir. Pas un seul jour, sans que l’on ne vienne lui donner un coup de main, pas un repas où il n’a été invité chez l’un ou chez l’autre, pas une nuit sans qu’on ne lui propose un vrai lit. La solidarité des gens de mer s’est exprimée ici de manière pleine et entière. Il fallait donc aller jusqu’au bout de l’aventure, ne serait-ce que pour valider les heures passées avec les gens de Boujdour.

 

Que faudra-t-il retenir de cette édition 2017 ? Tout d’abord le très faible nombre d’abandons puisque seulement quatre coureurs ont jeté l’éponge, Matteo Rusticali (Spot) et Luca Sabiu (Vivere la Vela) sur la première étape, Erwan Le Mené (Rousseau Clôtures) et Vedran Kabalin (Eloa Island of Losinj) sur la deuxième. Ce sont donc 77 coureurs qui auront bouclé le parcours, un record dans l’histoire de la course. Deux raisons majeures expliquent ce faible taux d’abandon : d’une part, les conditions météo de la première étape, parfois très sélective, se sont révélées particulièrement clémentes. A ‘exception d’un épisode plutôt venté au passage du cap Finisterre, la flotte a dû plutôt se démener dans des vents erratiques jusqu’à l’arrivée à Las Palmas. D’autre part, la modification de parcours avec passage par les îles du Cap-Vert a permis à plusieurs concurrents de faire escale pour réparer avant le grand saut dans l’inconnu.

 

Femmes à l’honneur

Elles étaient dix au départ de la Mini-Transat la Boulangère, elles seront dix à l’arrivée. Les femmes de cette édition 2017 se sont remarquablement bien comportées, démontrant s’il en était encore besoin à quel point elles ont toute leur place dans le monde de la course au large. Clarisse Crémer (TBS), impériale deuxième en bateau de série, égale la performance de Justine Mettraux en 2013, quand Camille Taque (Foxsea Lady) auteur d’une très belle deuxième étape, intègre le top 10 des prototypes à une méritoire neuvième place. En série, Estelle Greck (Starfish) est montée progressivement en puissance pour finir à une belle quinzième place, en troisième position des « nez pointus ». Comment ne pas citer aussi Nolwen Cazé (Fée Rêvée) qui pendant longtemps, lors de cette traversée de l’Atlantique, a mené la flotte des bateaux de série de première génération, Pogo 2, Tip Top et Nacira 650 ? D’autres femmes ont eu l’occasion de briller dans cette course. Elodie Pédron (Manu Poki et les Biotechs) a su, malgré une double avarie de safran garder son sang-froid et finir par réparer pour boucler sa traversée. Marta Güemes (Artelia), quant à elle, n’a pas hésité à se dérouter, prête à donner son unique safran de rechange pour permettre à sa concurrente de rallier la Martinique. Enfin, la ténacité de Charlotte Méry (Optigestion – Femmes de Bretagne), contrainte de naviguer plus d’une semaine durant sans pilote automatique a forcé l’admiration de tous. Lina Rixgens (Mini Doc) et Pilar Pasanau (Sailone Peter Punk) ont rempli leur contrat quand Agnès Menut (Institut Giptis) ne savait plus à quel saint se vouer entre l’émotion de retrouver sa progéniture et la fierté d’avoir réussi sa traversée de l’Atlantique…

 

Et maintenant que vais-je faire ?

Après deux mois d’une tranche de vie aussi intense, venant clôturer pour la plupart, deux ans consacrer à penser Mini sept jours sur sept, la décompression risque d’être douloureuse. Certains ont choisi de clore l’affaire avec vigueur en reprenant immédiatement le licol. Benoît Sineau (Cachaça II) avait à peine le temps de monter dans un avion à l’issue de la remise des prix pour se retrouver le surlendemain à une réunion de travail au sommet de son entreprise. Frédéric Moreau (Petit Auguste et Cie) s’apprêtait déjà à reprendre son bâton de pèlerin de commercial quand Thomas Béchaux (Poralu Marine) envisageait sans délai la tournée des ports de plaisance où les chantiers de son entreprise sont en cours.

Quelques-uns rêvaient déjà un avenir ponctué par les embruns du large : Ian Lipinski et Erwan Le Draoulec se verraient bien ensemble au départ de la prochaine Transat AG2R Concarneau – Saint-Barth.  Clarisse Crémer tournerait bien aussi la tête vers le circuit Figaro, même si ses objectifs sont encore à préciser. D’autres se projettent à plus long terme comme Elodie Pédron qui se voudrait revenir dans deux ans ou quatre ans à la barre d’un Pogo 3. Quelques navigateurs ont d’ores et déjà leur avenir assuré, tel Valentin Gautier qui va encore bénéficier de la confiance de son partenaire pendant deux ans ou Quentin Vlamynck qui va rejoindre le team Arkema pour une nouvelle aventure en multicoque. Pour d’autres, ce sera juste la fin d’une belle histoire programmée pour s’achever sur les rives de la Martinique. Mais on sait ce qu’il en est des belles résolutions raisonnables face à l’appel du large…