Sur l’océan, pas d’armistice qui tienne…

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17:45

Il y a 99 ans, l’armistice du 11 novembre 1918 annonçait la fin de la Première Guerre mondiale. Ce samedi, en ce jour anniversaire sur le grand échiquier de l’Atlantique, et comme un clin d’œil sous forme de pied-de-nez à l’Histoire, la bataille fait toujours rage dans les rangs de la Mini-Transat La Boulangère. Notamment aux avant-postes, où Ian Lipinski (Griffon.fr), l’indéboulonnable patron de la flotte, bien qu’installé sur les lauriers d’une confortable avance à 650 milles de l’arrivée, ne doit pas naviguer aussi tranquille que ce que le déroulé de la deuxième étape entre les Canaries et les Antilles veut bien laisser croire.   

Aujourd’hui, après 10 jours de mer depuis le départ de ce deuxième parcours à travers l’océan, on devine volontiers l’imperturbable leader de la flotte prendre les pointages communiqués par les bateaux accompagnateurs avec une pointe d’énervement. Si Ian peut toujours compter sur de son matelas d’avance se chiffrant à plus de 100 milles, gageons que la progression de Jorg Riechers (Lillienthal), son poursuivant direct en distance au but, ne doit pas manquer de lui faire hérisser le poil dans un régime d’alizés perturbé exigeant une vigilance de tous les instants pour naviguer au meilleur niveau de performance. Un petit jeu auquel le Germanique excelle de plus en plus à la barre du dernier né des bombes à voiles de 6.50 mètres, gagnant en puissance au fil des milles et des jours. Fort de sa trajectoire au Sud, avec un décalage de plus de 250 milles en latéral par rapport au chef de troupe, le skipper allemand ne baisse certainement pas la garde.

Bataille de « bateaux à nez rond »

Depuis hier déjà, il gagne du terrain à chaque nouveau pointage, grappille de précieux milles (une trentaine sur les dernière 24 heures) et signifie sa détermination à tenir jusqu’au bout la dragée haute au chef de file, pourtant bien lancé sur la route de la victoire annoncée dès lors qu’un pépin majeur ne vienne pas enrayer sa belle mécanique. Premier à reconnaître sa suprématie - « Ian a tout dominé depuis deux saisons, il maitrise son bateau à la perfection. Ce serait presqu’une injustice s’il ne gagnait pas cette Mini-Transat, » disait-il sur les pontons rochelais – Jorg est aussi le premier et le mieux positionné pour faire vaciller son trône sur cette deuxième étape. En tête de la flotte, une certitude l’emporte alors que le match promet de s’intensifier entre ces deux marins : le duel entre le 865, plan David Raison de 2014 mené au sommet par Ian Lipinski, et le 934 signé Etienne Bertrand de Jorg Riechers, a bien lieu et augure une bataille de « bateaux à nez rond » de haute volée par routes

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Des Pogo 3 sur un air de Figaro

Dans le sillage de ces duettistes, de nombreux solitaires ne sont pas en reste et livrent une compétition dans les règles de l’art. A commencer par Simon Koster (Eight Cube Sersa) et Andréa Fornaro (Sideral), qui occupent respectivement la 3è et 4è position chez les protos. Avec une petite quarantaine de milles pour les séparer, tout porte à croire que ces deux-là donneront tout pour mériter une place sur un podium qui reste très ouvert. Dans le camp des bateaux de série, la lutte s’intensifie également avec des écarts dignes d’une flotte de Figaro, qui laissent le champ libre à de nombreux retournements de situation. Aux avant-postes, au royaume des Pogo 3 qui ne concèdent que 200 milles sur les premiers protos, Erwan Le Draoulec (Emile henry) et sa solide dauphine Clarisse Cremer (TBS) doivent garder l’œil bien ouvert sur la progression de Tanguy Le Bouroullec (Kerhis-Cerfrance) parti à l’attaque au Sud. En 6è position, le jeune Finistérien tire encore tous les bénéfices de son offensive à une vitesse moyenne constante de plus de 10 nœuds ces dernières heures, qui pourrait lui permettre de gagner gros dans les prochains pointages.

La solidarité quoi qu’il advienne…

Du coté des moins chanceux, aux prises avec des soucis techniques plus ou moins graves, les dernières nouvelles sont plutôt rassurantes. Rejointe par un bateau accompagnateur, Elodie Pedron (Manu Poki et les Biotechs), qui se débat avec la casse d’une ferrure de safran, a indiqué s’être bien reposée la nuit dernière. Ce samedi, la navigatrice répare soigneusement son bateau avec la ferme intention de vite retrouver les moyens d’afficher une progression plus favorable. Quant à Romain Bolzinger (Spicee.com), qui trace sa route sous gréement de fortune, il a pu volontiers papoter avec Luc Giros (cabinet Rivault Nineuil-Enedis) et Vincent Massu (Challenge Espoir Mini-Transat) qui l’ont accompagné un petit moment. Une belle manière de confirmer que, bien qu’il n’y ait pas d’armistice qui tienne, la solidarité l’emporte quoi qu’il advienne. Et que la VHF reste la meilleure des armes pour remonter le moral des troupes face à l’immensité de l’océan sur les chemins qui mènent au Marin…

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Pointage le 11 novembre à 16h (TU+1)

 

Prototypes

1 Ian Lipinski (Griffon.fr) à 630,9 milles de l’arrivée

2 Jorg Riechers (Lilienthal) à 119 milles

3 Simon Koster (Eight Cube Sersa) à 144 milles

4 Andrea Fornaro (Sideral) à 184,3 milles

5 Kéni Piperol (Région Guadeloupe) à 228,8 milles

Série

1 Erwan Le Draoulec (Emile Henry) à 838,7 milles de l’arrivée

2 Clarisse Crémer (TBS) à 61,5 milles

3 Tom Dolan (offshoresailing.fr) à 101,2 milles

4 Benoît Sineau (Cachaça 2) à 114,2 milles

5 Pierre Chedeville (Blue Orange Games – Fair Retail) à 140,5 milles