Pression tranquille, l’oxymore du lundi

30 10

18:45

Sérieux mais décontractés. A deux jours du départ de la seconde étape de la Mini-Transat la Boulangère, les concurrents s’affairent tranquillement pour parer aux derniers détails avant le grand saut sur l’Atlantique. On suppute la meilleure route météo, on échange autour d’une astuce de bricolage, on s’échange nourriture en rab et bouquins déjà dévorés sur la première étape. Bref ! On s’active en douceur…

La première étape est passée par là. Dans leur petit cocon de la marina de la Vela Latina de Las Palmas, les Ministes se préparent sans trop de pression au grand départ de mercredi. Ce n’est pas la tension de La Rochelle où nombre d’entre eux ne savaient pas vers quoi ils s’embarquaient, où la foule des amis, des parents et des nombreux curieux venus assister au départ contribuait à dramatiser l’ambiance.

Ici, rien de tel. Pour l’essentiel, les concurrents se sont efforcés de rester au maximum sur place, s’essayant ensemble aux sports de glisse les plus variés du surf au parapente. Les liens qui s’étaient noués pendant l’étape se sont renforcés et, sur les pontons comme autour de l’espace coureurs, les piques fusent autant que les éclats de rire.
 

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Bienfaits des échanges

Sur les pontons, tandis que Timothée Bonavita (Prism) échange avec Elodie Pédron (Manu Poki et les Biotechs) sur les mérites comparés de la route orthodromique ou d’une plongée vers le sud pour aller chercher des alizés plus établis, Marta Güemes (Artelia) ne cache plus son impatience. Le séjour aux Canaries lui a permis de revenir sur l’île de sa jeunesse, Lanzarote, en y conviant quelques confrères, mais depuis qu’elle est de retour à Las Palmas, Marta ne rêve que de mettre cap à l’ouest au plus vite.

Tandis que Tom Dolan (Offshore Sailing) révise son gréement, François Denis (So-Boat.com) a pris sous son aile son ainé de quelques années, Fred Guérin (Les-amis.fun) pour l’initier aux subtilités des réseaux sociaux. Charlotte Méry (Optigestion – Femmes de Bretagne) distribue à qui mieux quelques rations lyophilisées ainsi que le Prix Goncourt 2016, Chanson Douce, un titre réconfortant pour un ouvrage qui l’est moins. On s’échange des tuyaux sur la meilleure manière de produire de l’énergie en vue de cette seconde étape. Les adeptes du panneau solaire s’opposent aux tenants du groupe électrogène quand Valentin Massu (Challenge Espoir Mini-Transat) et Benoît Lacroix (Team Eden Promotion) s’en tiennent à l’hydrogénérateur même si la trainée de l’hélice semble encore importante pour un bateau de la taille d’un Mini.

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Un statut à honorer

Pour beaucoup, ce nouveau départ sera peut-être l’occasion de corriger le tir suite à une première étape un peu frustrante. Les écarts relativement faibles à l’arrivée ouvrent tous les espoirs pour une chasse aux leaders sans concession. Pour Valentin Gautier (Shaman Banque du Léman) et Ian Lipinski (Griffon.fr) la problématique est toute autre. Ils ont un classement à défendre. Valentin a choisi d’aborder cette deuxième étape en toute décontraction, considérant que le classement de la première manche n’est qu’un bonus. Pour Ian, c’est un peu plus compliqué. Jamais depuis deux ans, il n’avait été autant bousculé dans ses certitudes. S’il possède six heures d’avance sur Erwan Le Mené (Rousseau Clôtures) troisième, il sait qu’avec Arthur Léopold-Léger, l’ordre d’arrivée au Marin risque d’être celui du classement général de la Mini-Transat La Boulangère. Des alizés bien établis lui permettraient d’exploiter tout le potentiel de son plan Raison. Pour l’heure, ils s’annoncent encore plutôt mollassons, mais Ian n’est pas du genre à baisser la garde.

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Ils ont dit :

Valentin Gautier : « Je préfère être dans ma position plutôt que d’avoir deux heures de retard. Maintenant, je ne me fais aucune illusion, ces deux heures ne sont rien à l’échelle de l’Atlantique. Il suffit d’être collé dans un grain et on perd tout l’avantage de la première étape. Psychologiquement, c’est libérateur de se dire que l’on a déjà fait une belle étape. Celle-là, on ne pourra pas me l’enlever. Maintenant, si j’ai la possibilité d’aller au bout du rêve, pourquoi pas ? »

Ian Lipinski : « Au départ de La Rochelle, j’avais dit que compte tenu des conditions météo annoncées, je ne pouvais pas être considéré comme le grand favori. Le déroulé de la course l’a démontré. Pour cette deuxième étape, c’est un peu le même scénario qui se répète. Actuellement, les régimes d’alizés ne semblent pas être vraiment en place, cette traversée de l’Atlantique risque d’être compliquée et lente. Donc, je me méfie de tout le monde. Il va falloir être très vigilant. »