Ministes en escadrille

12 10

02:45

Depuis l’arrivée de Valentin Gautier, les arrivées se succèdent sans discontinuer sur les pontons de Las Palmas de Gran Canaria. Quelques minutes d’écart parfois suffisent pour gagner ou perdre une place. Les gagnants se réjouissent d’avoir su tirer leur épingle du jeu quand les autres se consolent en constatant que les écarts restent faibles et que tout est encore possible pour la deuxième étape.

 

« Troisième, c’était la place du 800 en 2015 à l’issue de la première étape, c’est bon signe ! » Erwan Le Mené a eu l’art de mettre (gentiment) de la pression sur Ian Lipinski venu l’accueillir sur les pontons. Le skipper de Rousseau Clôtures  était forcément partagé entre la déception de n’avoir pas pu jouer jusqu’au bout avec le leader et la satisfaction d’avoir su se motiver de nouveau pour aller arracher cette place sur le podium. Le bris de son bout-dehors après le passage du DST du cap Finisterre lui a coûté cher, l’obligeant à naviguer une quinzaine d’heure plein sud le temps de réparer et de transformer son bateau en atelier de stratification.

Rémi serein, Clarisse enthousiaste

Commençait alors la valse des arrivées. C’est tout d’abord Rémi Aubrun (Alternative Sailing – Constructions du Belon) qui ouvrait le bal avec une belle deuxième place en bateau de série. Ravi de sa course, Rémi n’est pas du genre à laisser exploser ses sentiments. On sent l’expérience du coureur au large, l’homme tranquille qui a su contenir les assauts d’Erwan Le Draoulec (Emile Henry) avec qui il a longtemps navigué bord à bord. Le benjamin de la course reconnaissait avoir maltraité parfois le pont de son bateau à coups de poing pour évacuer la frustration de rester scotché dans la pétole.

Une qui ne boudait pas son plaisir, c’était Clarisse Crémer (TBS) toute à son bonheur de naviguer au point qu’elle aurait bien prolongé l’aventure de quelques jours. Avec une telle dose d’énergie, la demoiselle risque d’être redoutable sur la deuxième étape. Derrière les quatre premiers bateaux de série, venait alors Romain Bolzinger(Spicee.com) qui prenait la quatrième place des prototypes devant Aurélien Poisson (TeamWork) qui avouait ne pas avoir goûté pleinement la pétole. Au fil des arrivées, les langues se déliaient devant une bière et un plat roboratif bien utile pour certains coureurs qui avaient puisé dans leurs réserves de nourriture.

Le diable et les détails

Benoît Sineau (Cachaça 2) évoquait ses premières quarante-huit heures dantesques : sans raison apparente, son pilote automatique décrochait régulièrement provoquant des rotations à 360° intempestives. Tenaillé par un mal de mer récurrent, Benoît a passé ses deux premiers jours de course à tenter de détecter la panne, jusqu’à ce qu’il constate que deux petites ampoules à leds qu’il avait accrochées sur sa cloison pour mieux éclairer sa cabine étaient munies d’un aimant qui rendait fou le compas. Les deux ampoules partirent vite au fin fond d’une poubelle et tout redevint normal.

Pas tous égaux devant la pétole

Le petit temps, c’est bien connu, s’il est particulièrement apprécié en croisière, n’est pas le meilleur ami du régatier. Il fut une vigilance de chaque instant, un sens de l’opportunisme aiguisé et une bonne dose de fatalisme. Ne pas se laisser déconcentrer, accepter les conditions telles qu’elles sont n’est pas donné à tout. Patrick Jaffré (Projet Pioneer) acceptait à l’arrivée son incompatibilité d’humeur avec les petits airs, non sans une certaine dose d’humour, quand Jörg Riechers (Lilienthal) pestait avec son franc-parler coutumier contre une météo qui laissait une part trop belle à l’aléatoire. D’autres en revanche savouraient tels Ambrogio Beccaria (Alla Grande Ambeco) ou Frédéric Moreau (Petit Auguste et Cie) fiers l’un comme l’autre d’avoir semé le trouble au sein de la flottille des Pogo 3 à bord de leurs Pogo 2.

Contents malgré tout

Mais ce qui dominait avant tout, c’était le bonheur d’être arrivé au bout de cette première étape sans trop d’encombre. Même un Tanguy Bouroullec (Kerhis-Cerfrance) qui avait tout lieu d’être déçu de son résultat, eu égard à ses ambitions, affichait un grand sourire à l’idée d’avoir bouclé cette première étape. Charlotte Méry (Optigestion – Femmes de Bretagne) ou Pierre Chedeville (Blue Orange Games - Fair Retail) victime d'un black-out électronique en début d'étape, ne disaient pas autre chose. Tous sont encore en lice pour un résultat à l’issue de la deuxième étape. Pour peu que les alizés soient au rendez-vous, les affres des grands calmes blancs seront vite oubliés.