A l’ouest, rien de nouveau

09 11

18:00

Plus ça va, moins ça change… Les classements se suivent et se ressemblent trait pour trait.  Même les options plus ou moins marquées des concurrents n’introduisent pas de bouleversements dans les positions respectives des uns par rapport aux autres. Mais la situation pourrait évoluer à partir de dimanche.

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On n’ira pas parler de train de sénateurs sur la Mini-Transat La Boulangère. Tout d’abord, parce que la moyenne d’âge des Ministes paraitrait incongrue au regard de la vénérable assemblée qui siège au palais du Luxembourg. Mais aussi parce que les milles continuent de défiler chaque jour sous les coques des solitaires. Enfin, parce que la journée du Ministe est relativement active entre sommeil fractionné, manœuvres, navigation, entretien du bateau.

La journée-type commence au lever du jour, l’heure idéale pour reprendre pied avec la réalité, d’autant que les heures de veille de la fin de nuit sont les plus éprouvantes pour l’organisme. Tant qu’à faire, autant en profiter pour voler quelques minutes de sommeil, conditions permettant. Mais le goût d’un petit déjeuner, même succinct, seul sur l’océan quand le soleil pointe son nez à l’est est incomparable.  C’est l’heure de la première vacation VHF du jour avec les bateaux accompagnateurs, quand ils sont à portée. Il sera temps ensuite de consacrer quelques minutes à prendre soin de soi et notamment de la partie la plus charnue de son individu. Etre assis en permanence sur un siège perpétuellement humide n’est pas le meilleur moyen de garder une peau de bébé. Il est alors temps de peaufiner les réglages, voire de barrer un peu, histoire de voir qui est le plus performant du bonhomme ou du pilote. Sans oublier un peu de matossage, car le vent n’est jamais totalement stable en force comme en direction.

Vient ensuite le moment sacré du bulletin météo délivré par la direction de course. Outre les remarques acidulées du directeur de course, il s’agit de repérer les centres de pression actifs, de noter les prévisions de vent avant d’embrayer sur les classements. Chaque concurrent n’a droit qu’à la distance au but des uns et des autres. Commence alors le grand casse-tête du jour : tenter, au vu des prévisions météo et des progressions journalières des adversaires directs, de les positionner sur le plan d’eau. Les hypothèses les plus folles seront parfois démenties à l’arrivée en regardant l’historique de la cartographie autour d’un ti-punch.

Outre le sacro-saint repas de midi, dont l’horaire peut être éminemment variable d’un bateau à l’autre, il reste mille et une chose à faire sur un Mini. Vérifier le matériel, les marques d’usure, les points de ragage des voiles, intervenir sur un point de couture, un peu de surliure, jeter un œil au système de barre, au gréement… Tout ceci entre dans la routine quotidienne, ponctuée de nouveau le soir par une nouvelle vacation VHF avant de se préparer à la nuit, celle qui les enveloppe, les protège et les inquiète toujours un peu. Entre temps, certains auront pu s’offrir une pause musicale, attraper un bouquin, filmer leur périple. Ces à-côtés sont bien évidemment beaucoup moins consistants à bord des bateaux de tête, régate au couteau oblige.

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Temps perturbé, routine brisée

Parfois, la traversée de l’Atlantique se déroule sur le même rythme du départ jusqu’à l’arrivée. Mais en cette saison, il n’est pas rare que des fronts viennent perturber la circulation des vents. C’est ainsi que dimanche 12 novembre, une onde d’est risque de perturber fortement l’alizé jusqu’au 19°N. C’est donc toute la flotte qui risque de se débattre dans des vents faiblards, aux directions plus ou moins aléatoires. Pour certains, ceux qui s’accrochent non loin du podium, cela pourra mettre un peu de piment dans le jeu. Pour les favoris, cela signifie que la donne peut être relancée. Ian Lipinski (Griffon.fr) dispose maintenant d’un matelas suffisamment confortable pour ne pas s’alarmer outre mesure, mais en série la donne peut être complètement relancée. Erwan Draoulec (Emile Henry) et Clarisse Crémer (TBS) peuvent voir revenir sur leurs talons des concurrents ayant opté pour une autre route, tel Tanguy Bouroullec (Kerhis Cerfrance), radical dans son option sud.

D’autres n’ont plus ces problèmes de riche : Patrick Jaffré (Projet Pioneer) comme Antoine Cornic (Destination île de Ré) ne peuvent plus naviguer au mieux du potentiel de leur bateau, Patrick devant ménager la réparation de ses safrans et Antoine aux prises avec une alimentation énergétique défaillante qui l’oblige à réduire la toile pour dormir. Leur seul lot de consolation sera de savoir qu’ils ne sont pas seuls dans leur galère : Romain Bolzinger (Spicee.com) malgré son gréement de fortune, ne peut guère espérer dépasser les quatre nœuds et demi de moyenne pour rejoindre la Martinique. Soit l’équivalent de treize jours de mer environ. C’est dans ces instants qu’on regrette de n’avoir pas emmené les œuvres complètes de Marcel Proust.

 

Pointage le 9 novembre à 16h (TU+1)

 

Prototypes

1 Ian Lipinski (Griffon.fr) à 1022,3 milles de l’arrivée

2 Simon Koster (Eight Cube Sersa) à 122,3 milles

3 Jorg Riechers (Lilienthal) à 145,6 milles

4 Andrea Fornaro (Sideral) à 205,3 milles

5 Kéni Piperol (Région Guadeloupe) à 228,9 milles

 

Série

1 Erwan Le Draoulec (Emile Henry) à 1245,4 milles de l’arrivée

2 Clarisse Crémer (TBS) à 40,2 milles

3 Tom Dolan (offshoresailing.fr) à 81 milles

4 Benoît Sineau (Cachaça 2) à 84,1 milles

5 Tanguy Bouroullec (Kerhis – Cerfrance) à 94,4 milles