LES REACTIONS À L'ARRIVÉE DE CALLEBAUT, BECCARIA, PEDRON, FAGHERAZZI, BONAVITA

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43ÈME SÉRIE : martin callebaut (EXTASEA)

Martin a franchi la ligne d'arrivée de la 2nde étape de la Mini Transat La Boulangère lundi 20 novembre à 1 heure, 55 minutes et 10 secondes. Il a mis 18jours, 11 heures, 47 minutes et 10 secondes, pour rallier le marin à une vitesse moyenne de 6,62 noeuds.

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S’il n’en existait qu’un, ce serait lui

Arrivée monumentale pour Martin Callebaut. Le skipper belge, après avoir pris quelques chemins de traverse pour accéder à la ligne d’arrivée a eu droit à une réception digne des plus grands ; Un accueil mérité au vu de la personnalité atypique du navigateur.

Jet de frites, ovation monstre, Martin Callebaut a fait une arrivée remarquée au ponton de la marina du Marin. Tout à sa joie de se voir accueillir d’une telle manière, il a manqué le ponton d’accueil et en a été quitte pour un deuxième tour de manège.

Martin Callebaut à son arrivée au ponton (entrecoupé de quelques réflexions bien senties de ses collègues de Mini-Transat) :

« - Martin, tu ne nous l’avais jamais fait de louper le ponton

- Mais je n’ai rien fait moi. J’ai cru qu’on allait me mettre plus loin. Il faut que je voie Jaffrezic ((son maître voilier). Il va falloir qu’on en parle. Je me suis dit où est la garantie, il faut qu’on voie ça entre professionnels (rires). Il a pété là-haut à l’endroit où c’est bien rond, où ça tire. J’étais à la VHF tranquille en train de parler avec Vianney (Desvignes) de la pluie et du beau temps, quand tout à coup je suis monté sur le pont, mon spi chalutait. J’ai tout ramassé et j’ai tout recousu. Ça a tenu deux jours.

Il faut que je revoie un petit peu ma stratégie de navigation (rires).

- Martin est-ce que c’était comme on t’avait dit ?

- Tanguy (Le Turquais) c’est toi qui m’a donné envie de faire la Mini-Transat. J’ai vu tes vidéos, il y a de ça deux ans et je me suis dit : c’est ça que je dois faire et je l’ai faite.  Non, je n’ai pas fait cette course, parce que c’est tout droit. En fait, c’est un peu plus compliqué que ça. Ça n’est pas exactement tout droit, il y a quelques degrés qui font toute la différence. Avant de te coucher il faut t’assurer que tu es sur le bon bord, parce que si tu n’es pas sur le bon, tu prends si heures dans les dents. Bon, ça m’est arrivé plusieurs fois (rires). Plus sérieusement, je n’avais pas d’attente particulière. Je suis passé par l’enfer et par le paradis, c’était top, c’est presque passé vite.

- C’est pour ça que tu as voulu repartir ? (rires)

- Ne me dites pas que vous avez suivi ma trace ! Si ? bande d’enfoirés… je sais que j’ai affaire à des professionnels, mais ce n’est pas charitable.

- On est rassuré car en arrivant aux Açores, tu nous avais fait la même (rires)

- Qu’est-ce que j’avais fait aux Açores ? Ah, oui, j’étais parti un peu loin avant de passer la ligne. Mais je vous rassure, j’ai beaucoup progressé par rapport aux Açores. Je ne vous raconte pas ce que ça va être pour la prochaine Mini-Transat, ça va être topissimme. Bon d’accord, j’arrive sur l’arrivée, je fonce tout schuss, d’accord, le way-point était un peu à droite… Je suis un peu revenu au près pour passer la ligne. Surtout vous n’en parlez pas à Leglatin (l’entraîneur de Lorient Grand Large), je compte sur vous.

Plus sérieusement, du jour où je me suis lancé dans ce projet, je savais que je ferais la Mini-Transat. Il y a eu des moments de doute, d’appréhension, mais je savais que j’y arriverais. J’ai fait des bêtises, des erreurs de débutants que je ne ferai plus, mais j’étais certain d’aller au bout de cette histoire. »

42ÈME SÉRIE : AMBROGIO BECCARIA (ALLA GRANDE AMBECO)

Ambrogio a franchi la ligne d'arrivée de la 2nde étape de la Mini Transat La Boulangère lundi 20 novembre à 00heures, 19minutes et 05secondes. Il a mis 18jours, 10heures, 11minutes et 05secondes, pour rallier le marin à une vitesse moyenne de 6,65noeuds.

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Une revanche à prendre

Figure sympathique du circuit Mini, le jeune Italien Ambrogio Beccaria n'a pas vécu la traversée que son talent de maestro du Pogo 2 mérite, au point de pouvoir légitimement prétendre rivaliser avec la jolie clique des bateaux de série de toute dernière génération. Victime de la casse de son bout-dehors, celui qui fait l'unanimité sur les pontons, a dû rebrousser chemin et faire une escale technique à Mindelo. C'était sans compter ensuite avec un autre pépin au niveau de son safran qui a donné une toute autre tournure à sa course. C'est peu dire qu'Ambrogio a une revanche à prendre sur cette grande traversée en solo majeur…

« C'était plus un voyage pour moi. L'accueil ici est incroyable et pour finir, c'est pas mal. J'étais parti avec l'envie de devenir un bon régatier au grand large, malheureusement, cela ne l'a pas fait. Mais j'ai l'impression que je suis devenu un meilleur marin. C'était ma première transatlantique et je regrette vraiment de l'avoir disputée un peu tout seul dans mon coin. La course a basculé quand j'ai dû faire demi-tour pour rallier le Cap Vert, c'était très dur au près dans 30 nœuds, j'étais vraiment dégoûté. Je me suis endormi et je me suis réveillé à 20 mètres de la plage... Heureusement ! À partir de là, j'ai vraiment changé de mentalité. Plutôt que de regretter de ne plus être en course, j'ai mesuré la chance que j'avais de toujours y être.

J'ai mis un peu de temps à trouver du plaisir. Trois jours après le Cap Vert, j'ai vu que j'avais un grave problème avec mon safran bâbord, il se délaminait sous le tableau arrière. Cela a généré beaucoup de stress, j'avais peur de ne pas arriver au bout. Heureusement, j'ai mesuré que les dégâts n'étaient pas si importants, j'ai pu renvoyer et retrouver un peu plus de sensations.

Arriver ici, c'est un soulagement, même si je savais que mon safran tenait et que j'allais pouvoir arriver au bout. J'ai forcément un truc en travers de la gorge. Je reviendrai en 2019, ça c'est sûr ! »

 

41ème série : Elodie Pedron (MANU POKI ET LES BIOTECHS)

Elodie a franchi la ligne d'arrivée de la 2nde étape de la Mini Transat La Boulangère dimanche 19 novembre à 23heures, 38minutes et 03secondes. Elle a mis 18jours, 08heures, 58minutes, pour rallier le marin à une vitesse moyenne de 6,64noeuds.

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Elodie Pédron : le grand huit émotionnel

Partie pour une traversée de l’Atlantique où elle voulait exprimer ses capacités de coureur au large, Elodie Pédron s’est retrouvée embarquée dans une drôle d’aventure où l’objectif était avant tout de résister, de ne pas craquer. Elle l’a fait.

Une première avarie de safran avant les îles du Cap-Vert, une deuxième alors qu’elle n’est pas au tiers de l’Atlantique, beaucoup de concurrents auraient baissé les bras. Mais Elodie Pédron a toujours cru au miracle de la volonté. Avec raison, puisqu’elle a réussi malgré tout à rallier la Martinique en passant par toutes les phases émotionnelles.

« En début de course, je suis vraiment contente, je suis bien. Tout d’un coup, alors que je suis à la bannette, j’entends un énorme bruit. Le bateau part à l’abattée, je me retrouve avec le spi en vrac, un safran abimé. Je mets déjà un long moment pour arriver à rentrer le spi. Ensuite, il me faut récupérer, réparer, dans l’affaire je perds douze heures. Du coup, je passe les îles du Cap-Vert de jour. C’était ma petite récompense, car j’aurais dû les passer de nuit. Progressivement, je regagne en confiance, je raccroche un petit paquet quand mon deuxième safran casse. Je me retrouve quasiment à l’arrêt et là j’ai mis quarante-huit heures à réparer. L’état de la mer ne me permettait pas de bosser sur mon tableau arrière. Je n’ai pas craqué, je me suis accroché. Ce n’est quand j’ai réussi à repartir que j’ai complètement craqué. Je pensais à ma famille, à mes proches qui s’inquiétaient. Là, je me suis retrouvée toute seule, sans aucun contact à la VHF, au moment où j’en aurai eu le plus besoin. Au bout de quelques jours, je suis tombée sur Timothée (Bonavita). On a fait route ensemble un moment avant de se perdre à nouveau. De là, je me suis dit que mon seul objectif devait être d’arriver, de ne pas prendre de risques inutiles. J’ai pas mal cogité et je me suis demandé qu’est ce qui était le mieux. Est-ce de traverser sans encombre ou bien de vivre cette histoire-là avec ses hauts et ses bas. Mais toujours, je me suis dit que je ne lâcherai rien et je l’ai fait… Quand j’ai vu les îles, j’ai vraiment eu la gorge nouée. Il y a eu des moments d’euphorie, des moments où j’ai pleuré, c’est incroyable…»

40ème Série : Loic Fagherazzi (TREBUNNEC)

Loic a franchi la ligne d'arrivée de la 2nde étape de la Mini Transat La Boulangère dimanche 19 novembre à 23heures, 06minutes. Il a mis 18jours, 8heures, 58minutes, pour rallier le marin à une vitesse moyenne de 6,67noeuds.

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Loïc Fagherazzi : ultra-marine solitude

Régatier à ses heures, Loïc Fagherazzi se lançait dans une autre aventure en venant participer à la Mini-Transat La Boulangère. Il s’attendait à une grande régate transatlantique et il a finalement vécu un étrange voyage au pays de la solitude.

Une option sud marquée à la sortie des îles du Cap-Vert et Loïc s’est retrouvé rapidement isolé du reste de la flotte. Lui qui rêvait de course au contact, de comparatif de vitesse avec ses concurrents a dû entamer un long périple solitaire où le seul lien qui le rattachait avec la terre était la vacation quotidienne de la direction de course par la BLU. Onze jours sans parler à quiconque, il va avoir le temps de se rattraper sur les pontons du Marin.

« C’était un peu long. Depuis le 7 novembre, jusqu’à ce matin, je n’ai eu aucun contact avec qui que ce soit. Onze jours sans personne à qui parler, c’est bien la première fois que ça m’arrive. Il va falloir que je regarde la cartographie, car je ne me suis pas rendu compte que j’étais descendu aussi sud que ça. Je crois que je me suis un peu perdu en fait. En même temps, ça fait deux ans que je fais du Mini et c’est la première fois que j’arrive à l’heure de l’apéro, donc je suis assez content du résultat. Ce n’est pas tant la solitude qui m’a pesé que le fait de ne pas avoir de moyen de me comparer avec les autres. J’ai quand même puisé en moi-même. J’ai eu quelques instants de stress comme le moment où j’ai explosé mon spi maxi. Sur une longueur comme ça, on finit par trouver une espèce de routine : je dormais 45 minutes le jour quand il faisait trop chaud et la nuit, je dormais par petites tranches. J’ai la chance d’avoir un sommeil assez léger, donc le moindre bruit anormal me réveillait. Je m’attendais à faire une course, et j’ai fait une vraie traversée de l’Atlantique en solitaire. Je n’ai retrouvé des copains que ce matin, et ça c’était vraiment cool. Mon problème, c’est que quand je suis tout seul, je n’arrive pas à avancer. »

39ÈME SÉRIE : TIMOTHÉE BONAVITA (PRISM)

Timothée a franchi la ligne d'arrivée de la 2nde étape de la Mini Transat La Boulangère dimanche 19 novembre à 22heures, 51minutes, 50secondes. Il a mis 18jours, 8heures, 43minutes et 50secondes, pour rallier le marin à une vitesse moyenne de 6,67noeuds.

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Maxi Déconnexion

C'est un accueil de feu, à la hauteur de celui qu'il espérait, qu'a vécu ce dimanche, dans la ferveur de la fin d'après-midi antillaise, Timothée Bonavita. Preuve s'il en est que ce trentenaire, cadre au sein d'une grande multinationale, a bien fait de trouver l'audace de déserter les parvis de la Défense pour aller fouler les grands espaces océaniques, seul à la barre de son Mini 6.50. Le jeu en valait la chandelle pour ce Parisien qui tire déjà tous les bénéfices d'une expérience extraordinaire au plus près de la nature, qui lui a offert le luxe ultime de se couper du monde urbain et ultra connecté dans lequel il vit au quotidien.

« Je me sens hyper en forme, j'ai une patate incroyable, en termes d'énergie et de bien être, de sensations, et tout, et tout… Je peux repartir demain si il le faut. Pourtant, cette traversée n'a rien eu d'une croisière, ni d'un long fleuve tranquille avec des alizés stables qui permettent de glisser tout seul. J'ai rencontré pas mal d'emmerdes les quatre premiers jours. Mais j'en suis plutôt satisfait, ça a donné un peu de contrastes et de couleurs à tout ça et surtout ça m'a poussé à aller dans mes retranchements. J'ai un safran qui a cassé net, un GV qui est restée bloquée en haut pendant un grain à 35 nœuds, j'ai perdu mon aérien et c'est devenu tout de suite beaucoup plus compliqué de faire de la perf' sous spi. J'ai eu d'autres bricoles, comme l'amure qui pète à 15 milles de l'arrivée.  Tu penses que tu es arrivé, mais non !

J'ai trouvé un vrai bien être en mer, j'étais bien. La nature m'a donné beaucoup d'énergie, elle m'a offert beaucoup. Ensuite, il y a l'accueil énorme qui m'attendait ici. La plus grande peur que j'ai eue, c'était de rater ça avec le retard que je prenais en raison des avaries.

Je souhaite à tout le monde de vivre une expérience aussi enrichissante qui apporte beaucoup de confiance en soi. Il y a beaucoup de choses que je ne me sentais pas capable de faire et je me suis prouvé le contraire. J'ai appris que même s'il y a un doute, on peut se jeter à l'eau et retomber sur ses pieds. On peut trouver les ressources nécessaires pour y arriver et atteindre son but. Et cela vaut le coup, puisqu'il n'y a pas grand chose à perdre, mais surtout beaucoup de plaisir à gagner. Je pense que cela va m'aider beaucoup dans les prises de décisions que j'aurai à faire.

Le fait d'être coupé aussi du monde ultra connecté dans lequel on vit, je l'ai écrit dans mon carnet de bord, c'est un luxe, c'est unique. Je ne sais même pas si je le revivrai, ce n'est pas dit que demain la Mini soit encore coupée de la communication. J'ai passé 18 jours en solitaire, 16 jours sans voir un feu de mât, neuf jours sans parler à personne. C'est vraiment une chance que je suis vraiment très heureux d'avoir saisie. »