La confusion des sentiments

30 09

18:00

En ce samedi, veille de départ, l’ambiance a changé du tout au tout sur les pontons de la Mini-Transat la Boulangère. Du jour au lendemain, les amis de la famille, les copains d’un jour, les contacts des partenaires, les anciens venus fêter les 40 ans de la course, tout ce petit monde se retrouve autour des bateaux. Les solitaires sont partagés entre plaisir d’être entourés et envie d’être déjà partis.
 

L’ambiance s’était singulièrement détendue au fil de la semaine, à mesure que les prévisions météorologiques, plutôt alarmistes en début de semaine, s’amélioraient. Pour les solitaires, c’était encore le temps des petits bricolages intimes entre gens du même monde, des équipes restreintes aux quelques fidèles venus donner l’ultime coup de collier de la préparation.

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Et subitement ce samedi matin, la déferlante des copains, des habitués de la course, des médias venus suivre l’événement, a inondé les pontons du bassin des Chalutiers. Face à ce tsunami bienveillant, les Ministes tentent de faire face de bon cœur : on ne refuse pas quelques assauts de gentillesse à l’heure de se lancer dans le grand bain du haut du plongeoir des dix mètres.

« En fait, on est sollicité de partout, on reçoit des marques d’affection incroyables dont on ne sait pas très bien quoi faire, partagés que l’on est entre ces témoignages de gentillesse et le besoin d’entrer dans notre bulle. En fait, on est déjà ailleurs… mais on est peut-être les seuls à le savoir », parole d’un ancien qui compte trois Mini-Transat au compteur.

Coups de main ultimes

Au milieu de ce maelström, certains gardent les pieds sur terre. Si sur certains bateaux, comme Emile Henry, le Pogo 3 d’Erwan Le Draoulec, tout a été bouclé depuis quelques jours, d’autres trouvent toujours une dernière bricole à faire. « De toutes les façons, ça n’arrête jamais » témoigne Fred Guérin (Lesamis.com), trois Mini-Transat au compteur. « Il faut juste savoir dire stop… » Pour ces dernières heures, certains se sont adjoints les services de la famille comme Tanguy Bouroullec (CERFRANCE Kerhis) qui a pu compter sur l’aide technique de son père Christian, directeur et créateur des chantiers Structures, ou bien encore Nolwen Cazé (Fée Rêvée) dont le papa participa à la première Route du Café. D’autres étaient venus accompagner leurs protégés tel Kito de Pavant qui a pris sous son aile Jonathan Chodkiewiez (Tasty Granny) qui part à bord d’un proto vénérable mais dont il espère bien tirer le meilleur parti. On est loin des années 80 où la scie sauteuse régnait en maitre sur les pontons, mais certaines traditions perdurent malgré tout.

Quarante ans fêtés dignement

Peut-être encore plus que lors des éditions précédentes, les anciens, ceux qui savent, les Ministes du culte, traînent encore plus qu’à l’habitude sur les pontons. La veille au soir, la Classe Mini avait tenu à rendre hommage aux presque mille coureurs qui ont déjà usé leurs fonds de ciré à poursuivre cette chimère, traverser l’Atlantique en solitaire, en course, sans assistance, pour le plaisir de se l’être prouvé à soi-même. Comme dans toute réunion de famille, il y avait ceux qui, tels les oncles d’Amérique, ont fini par réussir, qui conduisent des projets de course au large ambitieux comme Yves Le Blévec, Sam Davies, Tanguy de Lamotte, Jean-Luc Van Den Heede ou bien encore Isabelle Joschke… Il y avait surtout la cohorte des sans-grades, ceux qui étaient retournés à leurs occupations professionnelles avec cette expérience unique dont le souvenir restera marqué au fer. Tous sans exception, riches d’une nouvelle vie ou nostalgiques des années passées, ne goûtaient que le plaisir de voir la famille réunie, de papillonner dans la soirée au gré des rencontres, de s’imprégner une nouvelle fois de ce que l’on appelle imparfaitement, faute de mieux, l’esprit Mini.