Ian Lipinski, la maîtrise absolue

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S’il fallait la preuve du niveau de maîtrise et de connaissance de son bateau, il suffisait d’observer les derniers milles de Ian Lipinski, ce matin entre l’îlet Cabri et la ligne d’arrivée de la Mini-Transat La Boulangère. Après un dernier empannage, le skipper de Griffon.fr déboulait sous grand spi avant de décider d’un dernier changement de spinnaker à quelques milles à peine de la ligne. De la maîtrise, de la sagesse et un zeste de panache, c’est le cocktail gagnant du navigateur lorientais.

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On l’a connu plus stressé. Cette fois-ci, Ian Lipinski a eu le temps de savourer une victoire qu’il avait construite patiemment depuis plus de quatre ans. Débarqué sur le circuit Mini en 2012, il avait démontré tout son potentiel par une brillante troisième place sur la course Les Sables – Les Açores – Les Sables. La Mini-Transat 2013, soldée par un chavirage au large du Portugal n’entamait pas sa détermination et dès l’année suivante, il montait un projet gagnant avec l’aide du chantier Ofcet. Au fil des courses, il transformait son bateau de série en redoutable machine à gagner et finissait par s’imposer dans la première étape de la Mini-Transat 2015. Durant la deuxième étape, malgré la victoire de Julien Pulvé, il l’emportait au classement général après quelques sueurs froides.

Un niveau d’exigence élevé

Dès lors, pour rester dans le circuit Mini, il fallait un projet gagnant. En faisant, grâce à son partenaire, l’acquisition du Maximum dessiné par David Raison et dont la coque a été commandée par Davy Beaudart et construite par le chantier Tocatec, géré par Hervé Devic, lui-même ancien de la Mini-Transat, Ian Lipinski savait qu’il plaçait la barre très haut. Disposant sur le papier du meilleur bateau, il se devait de confirmer les attentes qu’il allait susciter. Deux années durant, aucune des courses du circuit Mini ne lui a échappé. Dès l’année 2016, malgré une concurrence bien maigre en prototype, Ian n’a eu de cesse de participer à toutes les épreuves en double comme en solo, de peaufiner sa machine, d’apprendre à la maîtriser. Pour ce faire, Ian n’a pas hésité à s’entourer de quelques-uns des meilleurs spécialistes de la discipline tel Thierry Fagnent, le directeur du chantier AMCO, maître horloger du composite, chez qui son prototype a subi une révision générale notamment de ses appendices, ou bien encore Tanguy Leglatin, l’entraîneur de Lorient Grand Large, capable de transcender le potentiel de ses poulains. Il est arrivé fin prêt sur cette Mini-Transat La Boulangère. Favori désigné, il a tenu son rang à la perfection.

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Ma Mini-Transat La Boulangère par Ian Lipinski (verbatim)

  • Sous tension ?

« Paradoxalement, je n’ai pas subi la pression de la compétition durant cette deuxième étape. Assez rapidement, mes adversaires directs Erwan (Le Mené) et Arthur (Léopold-Léger) se sont retrouvés hors course pour la victoire finale. Dès les îles du Cap-Vert passées, je n’avais plus qu’à surveiller le matériel, à gérer ma course. Maintenant sur un prototype, le stress est toujours présent. Il y a toujours la crainte de casser. Après le Cap-Vert, la mer était très croisée, il fallait être très prudent. »

 

  • Incident de course

« Alors qu’on naviguait le long des côtes du Maroc, j’ai subi un incident qui aurait pu me coûter beaucoup plus cher. En pleine nuit, j’aperçois un bateau de pêche d’une vingtaine de mètres environ. Je décide de m’éloigner franchement, mais ça ne suffit pas car je me retrouve pris dans un filet qui stoppe entièrement le bateau. J’affale mon spi en catastrophe, dans la manœuvre, je le déchire et là je me dis que l’histoire bégaie. C’était le spi que Davy avait déchiré avant son abandon sur ce même bateau. Je m’en suis sorti un peu par miracle en me laissant glissant le long du filet jusqu’à son extrémité. Mis à part le spi, je n’ai rien cassé dans l’affaire. J’en ai été quitte pour trois heures de couture. »

 

  • Les avaries de ses adversaires

« A partir du moment où mes adversaires se sont trouvés hors-jeu, j’ai surtout pensé à gérer ma course. De temps à autre, un petit démon me poussait à forcer les feux, de l’autre un petit ange me réclamait de temporiser. C’était une situation un peu frustrante pour un compétiteur, d’autant que je ne me suis jamais senti en danger avec les autres adversaires. Le seul qui revenait dangereusement, c’était Romain Bolzinger, mais au rythme qu’il tenait, j’étais persuadé qu’il finirait par démâter ou avoir un gros pépin technique. C’est finalement ce qui s’est passé. »

 

  • La dimension psychologique d’une traversée de l’Atlantique

« On est sur des petits bateaux et dès qu’il y a de la mer, ça tape beaucoup. Et quand on aborde la traversée de l’Atlantique, on se dit que si on casse, il y a un océan à traverser. On ne peut pas ne pas y penser. Enfin pour moi, arriver au Marin prend une dimension particulière. C’est ici que j’ai débuté en bateau à l’âge de quinze ans sur un ancien thonier avec celui qui est devenu l’armateur de mon prototype. Remporter la course ici, c’est une jolie manière de boucler la boucle. »

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Pointage le 14 novembre à 16h (TU+1)

 

Prototypes

1 Ian Lipinski (Griffon.fr) arrivé en 13j 00h 22mn 34s

2 Jorg Riechers (Lilienthal) à 86,1 milles de l’arrivée

3 Simon Koster (Eight Cube Sersa) à 9à,7 milles

4 Andrea Fornaro (Sideral) à 113,2 milles

5 Keni Piperol (Région Guadeloupe) à 171,8 milles

 

Série

1 Erwan Le Draoulec (Emile Henry) à 282 milles de l’arrivée

2 Clarisse Crémer (TBS) à 83 milles

3 Tanguy Bouroullec (Kerhis Cerfrance) à 84,3 milles

4 Benoît Sineau (Cachaça 2) à 93,1 milles

5 Tom Dolan (offshoresailing.fr) à 105 milles