De l’orage dans l’air

10 11

15:30

On le pressentait à la lecture des trajectoires des concurrents. L’alizé qui, déjà en temps normal n’est jamais totalement régulier, est perturbé par des grains orageux qui provoquent des variations importantes du vent, tant en force qu’en direction. La fatigue aidant, les erreurs de jugement ou de manœuvre peuvent se payer cher.

« Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps, le beau temps me dégoute… » chantait Georges Brassens, mais il n’est pas certain que le poète entraîne beaucoup d’adeptes dans ce dernier tiers de traversée de l’Atlantique qui s’annonce. Car les grains orageux qui commencent à se manifester, outre qu’ils demandent une vigilance accrue devraient finir par perturber complètement le régime d’alizé qui pourrait s’écrouler à l’approche de l’arc antillais. Pour l’instant, les retours des bateaux accompagnateurs évoquent plutôt des grains blancs, sans formations nuageuses toujours très marquées, mais qui peuvent faire monter le vent brutalement à près de trente nœuds et provoquer une rotation de 30 à 40 degrés. Bien évidemment, dans ces conditions, les sorties de route sont d’autant plus fréquentes : régulièrement des bateaux accusent un coup de mou sensible de leur vitesse, signe d’un moment délicat à gérer. Est-ce ce qui est arrivé à Elodie Pédron ? La barreuse de Manu Poki et les Biotechs a dû passer plusieurs heures quasiment à l’arrêt, visiblement victime d’un souci technique suffisamment handicapant pour que sa comparse Marta Güemes (Artelia) se déroute et vienne bord à bord avec elle. Depuis Elodie a repris sa route, mais à vitesse réduite. Un bateau accompagnateur devrait la rejoindre cette nuit pour en savoir plus, mais il n’est pas impossible que la réparation de fortune d’un de ses safrans, effectuée avant les îles du Cap-Vert, n’ait finalement pas tenu.

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Un jeu qui peut s’ouvrir

En tête de course, Ian Lipinski (Griffon.fr) va pouvoir commencer à se sentir à l’aise dans ses chaussons. Avec 150 milles d’avance sur ses poursuivants à moins de 1000 milles de l’arrivée, il commence à disposer d’une marge confortable. En revanche, c’est serré entre Simon Koster (Eight Cube Sersa) et Jörg Riechers (Lilienthal) qui ne sont séparés que d’un dixième de mille en distance au but. Jörg qui a choisi une option sud radicale sera-t-il payé de son audace ? Réponse d’ici vingt-quatre heures.

Un autre navigateur n’a pas eu froid aux yeux. Tanguy Bouroullec (Kerhis Cerfrance) accuse un décalage latéral dans le sud de près de 300 milles sur le gros du peloton et de plus de 400 sur les deux inséparables de tête Erwan Le Draoulec (Emile Henry) et Clarisse Crémer (TBS). C’est d’ailleurs la première fois depuis le franchissement des îles du Cap-Vert, que les routes des deux leaders divergent. Dès lors, tout devient possible. En 2015, Ian Lipinski et Julien Pulvé avaient navigué de conserve jusqu’à cinq jours de l’arrivée où le navigateur rochelais avait réussi à fausser compagnie à son chien de berger. Au final, Julien avait emporté l’étape avec un capital d’heures confortable et fait vaciller la victoire annoncée de Ian Lipinski. Compte tenu des conditions que les solitaires vont rencontrer dans les prochains jours, les scénarios les plus fous peuvent se réaliser. En série, les écarts sont si faibles que personne ne peut se considérer comme étant à l’abri. C’est un cap psychologique important de voir sur le GPS une distance à trois chiffres s’afficher. Mieux vaudra se prémunir des impatiences qui peuvent en découler, surtout dans les conditions attendues. A bien y réfléchir, Brassens a parfois de drôles d’idées…

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Pointage le 10 novembre à 16h (TU+1)

 

Prototypes

1 Ian Lipinski (Griffon.fr) à 794,4 milles de l’arrivée

2 Simon Koster (Eight Cube Sersa) à 149,7 milles

3 Jorg Riechers (Lilienthal) à 149,8 milles

4 Andrea Fornaro (Sideral) à 223,6 milles

5 Kéni Piperol (Région Guadeloupe) à 257,7 milles

 

Série

1 Erwan Le Draoulec (Emile Henry) à 1035,3 milles de l’arrivée

2 Clarisse Crémer (TBS) à 51,3 milles

3 Tom Dolan (offshoresailing.fr) à 94,1 milles

4 Benoît Sineau (Cachaça 2) à 107,5 milles

5 Pierre Chedeville (Blue Orange Games – Fair Retail) à 131,5 milles